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 J'ai du bon tabac dans ma tabatière (1718)

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MessageSujet: J'ai du bon tabac dans ma tabatière (1718)   Sam 19 Avr - 1:22



Sous l’Ancien Régime, pour fumer, on se servait principalement de pipes en terre, ou on le buvait sous forme d’infusion, de tisane, sans oublier deux autres façons : la chique et la prise.

Rodrigo de Jerez, un des compagnons de Colomb lors de ses voyages aux Amériques fuma pour imiter les indiens, y prit goût et se constitua un stock personnel de tabac, pour le ramener en Espagne. De retour à Barcelone, en 1498, il eut la mauvaise idée de fumer dans la rue. C’était la première fois en Europe qu’on voyait quelqu’un fumer du tabac et ce fut la stupeur. On le dénonça aux autorités religieuses, en affirmant qu’il était possédé du démon, puisque, comme le Diable lui-même, il exhalait de la fumée par la bouche et le nez. L’Inquisition l’arrêta, le jugea et le jeta en prison pour dix ans. Telles furent les débuts, plutôt malheureux, du tabac en Europe. Mais le succès allait venir.

André Thevet, un moine navigateur, rapporta des graines de son voyage au Brésil et les fit pousser à partir de 1556 dans son jardin d’Angoulême, d’où le premier nom français du tabac, l’angoulmoisine. La découverte de Thevet fut usurpée par l’ambassadeur de France au Portugal, Jean Nicot dans les années 1550, qui passa à la postérité et, d’une certaine manière, se trouva puni de son usurpation en voyant son nom définitivement attaché à la plante et à l’alcaloïde qu’elle contient (nicotine). Au Portugal, Nicot avait découvert qu’on utilisait le tabac en cataplasme, pour remédier aux troubles cutanés, et en prise, pour soigner les infections du nez et des voies respiratoires. Il en fit envoyer des échantillons à Paris, car il savait que Catherine de Médicis souffrait de fortes migraines, que personne ne parvenait à apaiser. La reine prisa du tabac et se trouva soulagée. Dans une société aussi verticale que la France d’Ancien Régime, où les modes partaient du haut de l’État pour se diffuser vers le reste de la société, l’exemple de Catherine ne tarda pas à faire école. Le tabac était une denrée rare, mais les médecins en firent une sorte de panacée, soignant la peau, la tête et prévenant la peste (on l’utilisa ainsi en 1637, durant l’épidémie qui sévit à Nimègue). On en prisait, on en fumait, on en buvait en décoction, on en mâchait les feuilles et surtout les médecins en recommandaient chaleureusement l’usage. Le tabac soignait le rhume, les maux de dents, l’asthme, les ulcères, la dysménorrhée, la variole, le scorbut, … Depuis longtemps déjà, les bureaux de tabac sont signalés par une " carotte " ( la carotte fut l’emblème des pharmaciens, des apothicaires, qui commercialisaient le tabac), souvenir du temps où les débitants recevaient leur marchandise pressée sous forme de grands rouleaux coniques et en râpaient au client la quantité désirée.

De l’autre côté de la Manche, l’herbe à Nicot connut une vogue semblable. Au début du XVIIe siècle, voici ce qu’on pouvait voir dans les villes anglaises : " Lorsque les enfants partaient à l’école, ils emportaient dans leur cartable une pipe que leur mère avait pris soin de bourrer tôt le matin et qui leur servait de petit déjeuner. À l’heure habituelle, tous posaient leur livre pour remplir de nouveau leur pipe, le maître fumant avec eux et leur apprenant comment tenir leur pipe et à la bien remplir, les habituant à fumer dès leur tendre jeunesse, convaincus qu’ils sont de la nécessité absolue du tabac pour conserver une bonne santé "...

Toutefois, le tabac avait rencontré en Angleterre un ennemi d’importance, le Roi en personne, Jacques Ier, le fils de Marie Stuart, qui publia anonymement en 1604, un Coup de trompette contre le tabac (Counterblast to Tobacco), opuscule contenant des passages que l’on pourrait réimprimer tels que : " Comment le cerveau, qui est humide, pourrait-il supporter l’inhalation d’une fumée sèche et chaude ? La fumée introduit dans tout l’organisme de la suie qui l’encrasse. L’habitude de fumer est malpropre, malodorante, coûteuse, et crée une accoutumance périlleuse, une ivresse comparable à celle du vin ".

Incapable, malgré tous ses efforts, d’enrayer la vogue de la tabagie, Jacques Ier se consola comme se consolent tous les gouvernements en pareille circonstance : il frappa l’importation du tabac de lourdes taxes. Autant en fit Richelieu en France. Contemporain de Jacques Ier d’Angleterre et du cardinal-ministre, le pape Urbain VIII (surtout connu pour avoir fait condamner Galilée) interdit à tout le monde, et particulièrement aux prêtres, sous peine d’excommunication ipso facto, de fumer dans les églises du diocèse de Séville (bulle du 30 janvier 1641). La mesure ne semble guère avoir eu d’effet dissuasif et elle sera levée par Clément XI en 1700.

La mode du tabac s’était répandue à une vitesse foudroyante, mais on se montrait plus sévère vis-à-vis des fumeurs dans certains pays que dans d’autres. Dès 1605 (soit un an après le traité de Jacques Ier d’Angleterre contre le tabac), le sultan de l’empire ottoman interdit à tous ses sujets de fumer. Les contrevenants s’exposaient à une promenade infamante dans les rues de la ville, à dos d’âne, et, en cas de récidive, à la peine de mort.

En Russie, on fumait déjà au XVIème siècle mais l'interdiction frappa bientôt le pays car il semble en effet qu’au moins un des incendies qui endommagea Moscou était parti d’une pipe mal éteinte ou mal allumée. De fait, les peines prévues étaient sévères, puisque les fumeurs russes risquaient l’amputation du nez. Pour finir ce petit tour du monde en revenant au point de départ, il semble qu’en Espagne, contrairement à la France ou à l’Angleterre, l’usage du tabac n’ait jamais atteint les hautes sphères de la société.

Le continent européen était donc enfumé de l’Atlantique à l’Oural. En France, toute la société s’était prise de passion pour le tabac, à tel point que Madame de Sévigné en usera pour une comparaison : " C’est une folie comme du tabac ; quand on y est accoutumée, on ne peut plus s’en passer ". Seule exception — de taille : Louis XIV, qui n’en supportait pas l’odeur et interdisait de fumer dans ses appartements ou, à plus forte raison, en sa présence. Mais, si le Roi-Soleil détestait le tabac, il faisait en sorte que ses soldats en eussent toujours à disposition.

Pourtant, des décennies, voire des siècles durant, l’herbe à Nicot fut consommée comme un médicament en France et ailleurs. Cet usage du tabac à des fins curatives ne signifie pas qu’on n’ait jamais vu se lever aucun opposant, bien au contraire. Mais il faut constater que les critiques que l’on formulait vis-à-vis du tabac étaient au fond moins d’ordre médical que d’ordre moral. On reprochait aux fumeurs leur nonchalance, leur penchant à la rêverie et à l’oisiveté, qui s’opposaient aux valeurs du travail, sur lesquelles reposait la société d’Ancien Régime. À l’âge baroque, la morale était d’essence religieuse et, comme aucun interdit religieux ne visait directement le tabac, on rattacha sa consommation à des vices déjà mis en évidence et condamnés, tels l’ivrognerie ou la paresse.

Cela ravira sans doute les souverains Charles XII de Suède et Charles VI d'Autriche, grands amateurs de tabac...
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MessageSujet: Re: J'ai du bon tabac dans ma tabatière (1718)   Mer 23 Avr - 0:31

Le tabac est autorisé à la Cour de Varsovie. Cependant, il sera déconseillé pour les personnes de condition nobles âgées de moins de 15 ans.

Victor-Amédée Ier des Deux-Nations.
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